Covid-19 : que se passera-t-il si l’on ne trouve pas de vaccin ?

4 Août 2020 - Carlito

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© Christo Anestev – Pixabay

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, il y a un sujet qui revient très régulièrement sur la table pour des raisons évidentes : le vaccin. Depuis des mois déjà, de nombreux laboratoires aux quatre coins du monde se sont lancés dans une course effrénée, pour synthétiser la molécule capable de nous immuniser… Sauf que de nombreux acteurs, notamment politiques, se sont un petit peu fourvoyés en zappant la question du “si” pour passer directement à celle du “quand”. Or, avant de savoir quand un vaccin arrivera sur le marché, la première question est bel et bien de savoir si un tel vaccin est conceptuellement possible. Et à l’heure actuelle, c’est encore tout sauf une garantie : il existe une probabilité bien réelle que le Graal tant recherché n’arrive jamais et que nous soyons forcés de vivre avec le virus.

C’est d’ailleurs un point sur lequel l’OMS a tenu à faire une mise au point sans complaisance  “Il n’y a pas de panacée et il n’y en aura peut-être jamais», a déclaré le directeur général de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d’une conférence de presse en ligne. Certes, certains essais cliniques sont déjà en train d’être réalisés et suscitent des espoirs aussi légitimes que réalistes sur les probabilités d’obtenir un vaccin à terme. Mais sans céder au catastrophisme et balayer le travail des chercheurs d’un revers de la main, il serait irresponsable de tenir cette éventualité pour acquise.

Pourquoi la découverte d’un vaccin n’est-elle pas une garantie ?

Pour mettre au point un vaccin, le premier impératif, c’est d’avoir une idée très précise des mécanismes biologiques qui se cachent derrière l’immunité à la maladie; s’ils nous échappent trop longtemps, cela continuera à repousser indéfiniment la sortie du vaccin. Or, l’immunité au Covid-19 est encore très mal comprise  et c’est l’une des raisons qui font qu’il est difficile de savoir à quoi s’en tenir. A l’heure actuelle, de nombreuses études ont conclu que le virus déclencherait une réponse immunitaire instable, hautement variable selon les individus, et surtout de relativement courte durée. Autant d’éléments qui rendent le développement d’un vaccin nettement plus difficile; dans ce contexte, les obstacles pour les chercheurs sont multiples.

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Car même s’il arrive sur le marché, si ces trois critères ne sont pas satisfaits, il y a une forte probabilité qu’il ne suffise pas à éliminer le virus. “Nous ne savons même pas si un vaccin peut produire une réponse immunitaire suffisante pour protéger contre les infections ultérieures”, explique David Heymann, qui a coordonné la réponse de l’OMS à l’époque du SARS. D’après Larry Brilliant, PDG d’une entreprise qui a pris part à l’éradication de la variole, un vaccin qui confère un an de protection n’aurait aucune chance d’éradiquer le virus : on parlerait alors de virus endémique, c’est à dire présent en permanence chez des individus à l’échelle de la planète. Et même avec un vaccin capable d’offrir plusieurs années d’immunité, les résultats ne sont pas garantis non plus ! D’après David Salisbury, ancien directeur de la vaccination au Département de la Santé américain, il faudrait un vaccin “disponible en quantités incroyables qui pourraient être administrées extraordinairement vite dans le monde entier”… faute de quoi il restera des trous dans notre défense collective, par lequel le virus pourra continuer de circuler.

Vivre avec le virus : l’aube d’un nouveau paradigme sanitaire

Cela ne signifie pas pour autant que nous nous dirigeons vers un scénario dystopique façon Walking Dead, où le Covid-19 décimera la population mondiale. En revanche, tout porte à croire qu’il faut commencer un travail de fond pour changer le rapport que les gens entretiennent au virus. A l’heure actuelle, en dépit des quelques trublions peu soucieux des autres, une bonne partie de la population continue à appliquer les consignes de distanciation sociale. C’est évidemment une bonne chose mais cela a tendance à laisser croire que ces mesures sont temporaires et vouées à prendre fin dès la découverte d’un vaccin : or, si cette éventualité tarde à arriver, il faudra que chacun effectue un travail sur lui-même pour intégrer ces mesures de façon permanente, au même titre que le lavage des mains à la sortie des toilettes. Cela signifie prendre l’habitude de se laver les mains, de porter son masque en public, d’éviter les contacts physiques ainsi que les rassemblements dans des espaces clos… le tout sans date limite. Plus qu’une simple mesure de santé publique, c’est donc un vrai changement de mentalité qu’il faudrait entreprendre pour apprendre à vivre avec ce virus, mais aussi avec d’autres maladies qui pourraient potentiellement frapper l’humanité dans les décennies à venir.

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Mais les individus ne seront pas les seuls à devoir prendre leurs responsabilités dans ce cas de figure : les gouvernements devront s’assurer de prendre les mesures nécessaires pour garder la situation sous contrôle.  “Nous devrions être en train d’exiger, en ce moment même, une conférence globale sur ce que nous aurons avec un vaccin… ou si nous n’en obtenons pas “, renchérit Brilliant. Dans un tel scénario, les gouvernements commenceront certainement par donner valeur de loi à toutes ces consignes, non plus à titre exceptionnel, mais en les inscrivant dans la loi générale… et dans les mœurs, suite à quoi la distanciation sociale deviendrait le nouveau statu quo. Et malheureusement, il y a de fortes chances que l’appel à la responsabilité collective ne suffise pas et que ces mesures continuent à s’accompagner de sanctions pour les contrevenants. Celles-ci pourraient être indispensables au moins dans un premier temps, pour éviter que la population ne devienne moins rigoureuse et blasée par ces mesures et ne se relâche. Car à défaut de l’éradiquer, le virus peut être contenu de cette façon, comme le rappelle le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus : « quand les dirigeants travaillent de façon très étroite avec la population, cette maladie peut être maîtrisée ! Le message aux gens et aux gouvernements est: faites tout cela. Et continuez quand c’est sous contrôle ! »

A l’heure où ces lignes sont écrites, il est encore probablement trop tôt pour savoir comment va évoluer la pandémie. Qu’il provoque ou non une deuxième pandémie? Deviendra-t-il plus ou moins virulent ? Va-t-il disparaître de lui-même? Sans pour autant paniquer, toutes ces questions nous invitent à nous préparer à un scénario où les contraintes actuelles deviendraient la norme pour se protéger non seulement du coronavirus, mais également des micro-organismes candidats aux futures pandémies auxquels notre espèce sera immanquablement confrontée un jour.