[Critique] Enola Holmes parvient-elle à surpasser Sherlock ?

10 Oct 2020 - Carlito

0 commentaire(s)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les fans de Sherlock Holmes ont de quoi se faire plaisir, en particulier sur Netflix. On y trouve l’excellente adaptation à la sauce moderne du détective privé -incarné par Benedict Cumberbatch- avec la série Sherlock de Steven Moffat, ou encore le film de Guy Ritchie, Sherlock Holmes : Jeu d’ombres, des productions qui font toutes deux honneur, à leur façon,  à l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle. Rien de surprenant à ce que Netflix ait décidé de capitaliser sur l’univers du célèbre détective avec un nouveau personnage, Enola Holmes.

Pour élaborer un personnage qui se démarque de son célèbre grand frère, Netflix a misé sur deux de ses acteurs fétiches, l’une connue pour interpréter Eleven dans Stranger Things, l’autre pour jouer Geralt de Riv dans la série The Witcher. Le problème, c’est que Millie Bobby Brown (Enola Holmes) est bien plus crédible dans le rôle d’une cobaye du programme Mk-Ultra adepte de la télékinésie que dans celui d’une détective privée de 16 ans qui s’improvise experte du Ju-jitsu. Quant à Henry Cavill, il campe un Sherlock Holmes assez transparent mais néanmoins relativement convainquant. Ceux qui placent leurs espoirs dans le talent de l’excellente Helena Bonham Carter (Eudoria Holmes, la mère d’Enola, de Sherlock et de Mycroft) risquent de déchanter assez vite : l’actrice britannique ne fait que de très courtes apparitions, même si son rôle est important dans l’intrigue.

L’intrigue, justement, s’appuie principalement sur le premier roman de Nancy Springer consacré à Enola Holmes, La Double Disparition. Le titre est limpide : Enola devra résoudre deux mystères, la disparition de sa mère et celle d’un Lord anglais. Si la comparaison avec les enquêtes de Sherlock Holmes n’a pas lieu d’être -Enola Holmes s’adresse à un public adolescent- l’aventure de la jeune détective reste très convenue. L’investigation de la jeune sœur Holmes avance surtout grâce à des jeux de mots, des coupures de journaux voire de simples coups de chance. Mais ce ne sont pas ces éléments, ni le manque de rebondissements, ni les quelques incohérences qui gênent le plus le scénario.

Le problème c’est que, dans le petit monde des adaptations de la littérature jeunesse, « Enola Holmes » reste une œuvre très classique pour ne pas dire cliché. On assiste plus à une aventure qu’à une investigation proprement dite, alors qu’une enquête prenante est peut-être le minimum que l’on aurait pu attendre du film. Le personnage d’Enola Holmes souffre également de certains poncifs de la littérature jeunesse : la jeune fille est toujours pleine d’entrain, n’a jamais de mal à triompher de ses adversaires, etc. Evidemment, toutes ces erreurs de début de parcours ne demandent qu’à être corrigées dans d’éventuelles suites.

Les scènes d’action ne sont pas époustouflantes mais restent correctes, l’ambiance de l’Angleterre de la fin du XIXème siècle est relativement bien traduite grâce aux costumes et aux décors, et la narration reste très claire puisqu’on a affaire à une Millie Bobby Brown beaucoup plus bavarde que dans Stranger Things qui n’hésite pas à briser le quatrième mur pour expliquer au spectateur ce qu’il se passe. Enola Holmes échappe à l’écueil de constituer un simple copier-coller plus jeune et féminin de Sherlock. Hélas ça n’en fait pas un personnage original pour autant.

[Critique] Enola Holmes parvient-elle à surpasser Sherlock ?