[Critique] Les Nouveaux Mutants : un film sans peur et sans saveur

26 Août 2020 - Carlito

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De gauche à droite : Sam (Charlie Heaton), Illyana (Anna Taylor-Joy), Roberto (Henry Zaga), Dani (Blu Hunt) et Rahne (Maisie Williams) (Crédits : 20th Century Studios).

Si les cinémas du monde entier n’en pouvaient plus d’attendre Tenet et sa sortie internationale ce mercredi 26 août, bon nombre de cinéphiles et fans de comics n’attendaient presque plus Les Nouveaux Mutants. Ce film, produit par les studios désormais connus sous le nom de 20th Century Studios, est réalisé par Josh Boone (Nos étoiles contraires) et coécrit par Knate Lee. Il reprend une partie des personnages créés en 1982 par Chris Claremont, incontournable scénariste des X-Men, et Bob McLeod, pour la série de comics éponymes.

Le long-métrage, au genre oscillant entre le « teen movie » et le film d’horreur, raconte l’arrivée d’une jeune Amérindienne, Danielle Moonstar (incarnée par Blu Hunt, aperçue dans la série The Originals), dans un hôpital psychiatrique isolé du reste du monde après la destruction de sa réserve. Elle découvre ainsi qu’elle est une mutante et va y faire la rencontre de quatre autres adolescents dotés de super-pouvoirs naissants : la Britannique Rahne Sinclair (Maisie Williams, Game of Thrones), la Russe Illyana Raspoutine (Anna Taylor-Joy, Split), le Brésilien Roberto Da Costa (Henry Zaga, Teen Wolf) et un autre Américain Sam Guthrie (Charlie Heaton, Stranger Things). Ils sont tous suivis par le docteur Cecilia Reyes (Alice Braga, Predators), unique médecin de l’établissement en décrépitude, dont la mission est de leur apprendre à ne plus être des dangers pour eux-mêmes et pour les autres. Suite à l’arrivée de Dani dans le groupe, les jeunes mutants subissent une série d’hallucinations qui s’avèrent être de plus en plus réelles et dangereuses et révèlent la véritable raison de leur isolement.

Un projet qui a trop de fois muté ?

Avant de discuter de la teneur du film en lui-même, il est nécessaire de s’attarder brièvement sur sa production extrêmement tumultueuse. Le projet d’adaptation filmique des Nouveaux Mutants, porté par Josh Boone, a été initialement validé par la Fox en mai 2015 – paraît-il, dans l’espoir d’en faire une trilogie. La société américaine n’est alors pas encore une filiale de la Walt Disney Company. Le long-métrage est entré en pré-production en avril 2017 dans le but d’une sortie, au départ, prévue pour avril 2018. L’idée était, à l’origine, de proposer le film de super-héros le plus horrifique jamais diffusé jusqu’à alors, pour capitaliser sur le succès phénoménal du remake de Ça par la Warner. Après quelques problèmes de « re-shoot », la sortie du film a été repoussée de multiples fois, en partie pour laisser plus de place à Deadpool 2 puis X-Men : Dark Phoenix.

Le rachat de la Fox par Disney en mars 2019 a une nouvelle fois rebattu les cartes. Un changement radical du ton du film aurait été exigé, retardant à nouveau sa finalisation et repoussant encore plusieurs fois sa sortie en salle. Josh Boone a même fini par s’éloigner du projet pour se lancer dans l’adaptation sérielle du roman de Stephen King, « Le Fléau ». Disney aurait ensuite voulu faire en sorte d’ajouter plus de connexions avec le reste de la saga X-Men – dont Les Nouveaux Mutants devait, à l’origine, se dissocier – puis se serait ravisé, pour redonner au long-métrage sa dimension horrifique. Dans le fracas, il aurait été même question d’y inclure une scène post-générique dans laquelle apparaîtrait pour la première fois l’effroyable Mister Sinister. L’idée aurait ensuite été laissée de côté pour offrir un caméo à Antonio Banderas, incarnant le riche père de Roberto Da Costa. Finalement, l’idée d’une scène post-générique liant d’une manière ou d’une autre le film au reste du MCU a été abandonnée. Le film, quant à lui, a été désigné pour une sortie en salle en avril 2020. La pandémie de COVID-19 a chamboulé une dernière fois sa programmation, repoussant sa diffusion au 26 août 2020. Si, d’après le réalisateur, le résultat final reste malgré tout proche de l’intention d’origine, il est évident que le parcours turbulent du projet laisse des traces à l’écran. En tout cas, c’est ce sur quoi Josh Boone pourra peut-être se reposer pour justifier la piètre qualité de son film.

Jeu d’acteur et écriture immatures

Plus qu’un film d’horreur, Les Nouveaux Mutants se positionne, très rapidement, davantage comme une sorte d’énième resucée de Breakfast Club (John Hughes, 1985). Les protagonistes sont donc très jeunes et les acteurs qui les incarnent le sont tout autant. Malgré leur carrière déjà bien lancée, aucun n’arrive vraiment à se démarquer et à faire preuve d’un jeu d’acteur digne de ce nom. Charlie Heaton incarne ici Sam, un ancien mineur et auteur d’un accident effroyable du fait de son pouvoir. Le rôle, comme la plupart de ceux de ses compères, possède une certaine gravité sur laquelle l’acteur peut, a priori, facilement se baser pour transmettre les émotions escomptées. Mais en donnant au personnage un fort accent du sud des États-Unis, l’acteur n’y parvient absolument pas. L’intensité de son accent varie même au fur et à mesure du film, à en devenir presque drôle. Même chose, d’une certaine façon, pour Maisie Williams qui accentue son accent britannique naturel et dont le personnage oscille entre une sagesse fédératrice, bien exploitée par sa diction, et un étonnement infantilisant. La palme du jeu d’acteur bancal va néanmoins à l’actrice principale, Blu Hunt, qui semble complètement perdue dans ce qu’elle doit exprimer en particulier dans le premier tiers du film. L’ensemble rend le film difficile à croire et donc à suivre. Néanmoins, les acteurs ne sont pas les seuls fautifs : l’écriture participe grandement à oblitérer l’once de sérieux auquel ce film pouvait prétendre.

Crédits : 20th Century Studios.

Les dialogues sont tous très convenus, à l’image des enchaînements narratifs pataugeant dans un bain aberrant de facilité. D’autant plus que le scénario martèle inlassablement son message, somme toute extrêmement banal, tout au long du film : il faut apprendre à contrôler sa peur pour éviter de nourrir le monstre qui sommeille en nous. Monstre qui se manifeste littéralement dans le long-métrage, pour finir d’effacer toute trace de subtilité. De la même manière, l’arène diégétique dans lequel se déroule ce film à huis-clos est très mal établie. Au départ, le spectateur a l’impression que l’intrigue ne se déroule que sur le site abandonné d’un hôpital de campagne ne comportant que deux bâtiments tout au plus. Habité par seulement six personnes, cela n’aurait rien d’étonnant et renforcerait le sentiment d’isolement et de paranoïa des personnages. Cependant, plusieurs plans en hauteur indiquent très rapidement que le site est bien plus grand et comporte bien plus de bâtiments. Cette maladresse de réalisation a deux impacts : perdre géographiquement le spectateur (un comble pour un huis-clos) et surtout, diluer la dimension claustrophobique qui devrait contribuer grandement à générer l’effroi recherché par un tel film d’horreur. Pour ne pas verser dans le spoiler, les incohérences et « plot holes » mineurs sont aussi légions – notamment concernant la protagoniste et le fonctionnement de cette espèce d’asile pour jeunes mutants.

Quand on a peur de ne pas avoir peur

Avec Les Nouveaux Mutants, l’intention était claire au regard des multiples bandes-annonces diffusées depuis ces dernières années : signer un film d’horreur avec des mutants. Pourtant, à aucun moment, la peur n’est apparente. La ressemblance, dans la forme, avec un film comme Vol au-dessus d’un nid de coucou (Miloš Forman, 1975), rend les personnages attachants au fil du long-métrage. Et le groupe jouit petit à petit d’une alchimie certaine, qu’on a envie de voir évoluer dans un contexte plus super-héroïque. Pourtant, là encore, la réalisation et les rebondissements scénaristiques incohérents répriment la possibilité du spectateur de craindre pour les personnages.

Les scènes horrifiques semblent en effet sorties d’une série de parodies. Le plan, maintes fois repris d’une Maisie Williams terrifiée sous la douche (voir ci-dessus), n’a en vérité absolument rien de comparable au célèbre plan de Psychose, d’Alfred Hitchcock, dont il semble s’inspirer. Au contraire, la mise en scène est si exagérément « inspirée » qu’elle flirte involontairement avec le copiage ouvertement moqueur. D’autant plus que la photographie, et surtout la lumière, n’aide pas : pour un film vendu comme sombre, il reste très lumineux (bien plus que la bande-annonce de The Batman ou que l’épisode 3 de la saison 8 de Game of Thrones). Enfin, autre balle que le film se tire dans son propre pied est la faiblesse de son antagoniste. Sans gâcher la surprise, ce dernier ne devient jamais véritablement dangereux pour le groupe de protagonistes et tarde même, tout au long du film, à être positionné comme tel. En somme, ce serait comme si Michael Myers restait sans danger pendant les trois quarts de Halloween (John Carpenter, 1978) avant de ne montrer qu’un infime degré de monstruosité pendant un brève instant du dernier quart du film. Il aurait été difficile, dans ces conditions, de craindre que Laurie, la protagoniste, perde la vie ou même de redouter sa présence à l’écran.


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