[Critique] Monster Hunter : qui part à la chasse perd son temps

13 Avr 2021 - Carlito

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© 2020 Constantin Film Produktion GmbH

Plus le temps passe, plus la distinction entre Uwe Boll et Paul W.S. Anderson ne tient plus qu’à une différence de budget. On exagère, mais il faut reconnaître que les deux réalisateurs adorent adapter les jeux vidéo en film ; l’un n’en ayant jamais eu le talent et l’autre l’ayant de moins en moins.

Pourtant, Paul W.S. Anderson a toujours conservé cette aura presque sympathique, signant des adaptations peu fameuses, mais pas désagréables pour autant. On ose même avouer le plaisir pris devant son Mortal Kombat et le premier Resident Evil. Niveau fidélité, on pouvait repasser, mais question divertissement, on ne passait clairement pas un mauvais moment. Sauf que trois films Resident Evil supplémentaires et Trois Mousquetaires sur des bateaux volants plus tard, le nom du réalisateur fait désormais trembler dès qu’il est associé à un projet d’adaptation. Ce qui nous amène à Monster Hunter.

© 2020 Constantin Film Produktion GmbH

On y suit la Capitaine Artemis et son escouade de militaires en mission quand un mystérieux orage les téléporte dans un autre monde. Quelques mauvaises rencontres avec des monstres géants plus tard, Artemis se retrouve seule. Elle tombe sur un chasseur originaire de ce monde qui va l’aider à survivre et peut-être retourner dans le sien.

Ni pour les fans de Monster Hunter

On le sait, la fidélité à l’oeuvre d’origine n’est pas la priorité de Paul W.S. Anderson. Lorsqu’il reprend en main Resident Evil après l’avoir laissé pendant deux films, la saga qui frisait déjà le n’importe quoi passe un nouveau palier. De plus en plus laids, de plus en plus mal écrits, de plus en plus mal filmés et mal joués, les longs-métrages n’ont plus de Resident Evil que le nom et quelques références traitées à la pelleteuse. Chapitre final atteignant le summum de ce qu’on pouvait avoir de pire, en terme de film et d’adaptation.

Alors on se rassure : Monster Hunter est traité beaucoup moins grossièrement. Peut-être la franchise de Capcom est-elle plus simple à porter à l’écran que la précédente. Après tout, dans sa version minimaliste, on peut réduire le jeu à de la chasse au monstre. C’est en tout cas ainsi que l’a approché le réalisateur et niveau bestiaire, il a mis de quoi contenter les fans : Diablos, Nerscyllas, Rathalos… les monstres les plus populaires y sont. De même, on y retrouve certains personnages connus comme l’Amiral ou même un Félyne. Quant à Milla, elle joue parfaitement son rôle d’avatar du joueur.

© 2020 Constantin Film Produktion GmbH

Sauf que Paul W.S. Anderson ne sait clairement pas quoi faire de l’ensemble. On a plus la sensation de voir des acteurs en cosplay affronter des gros machins en CGI visuellement ratés une fois sur deux. Le long-métrage ressemble à un cahier des charges d’éléments à placer pour faire plaisir au fan.

Un constat qui aurait pu être beaucoup moins amer si le film s’était contenté de rester dans le minimalisme de sa première partie. Dans le genre simple, mais presque efficace. Sauf que dès le premier « boss » vaincu, on tombe dans le ridicule avec de la surenchère de références en mode placement de produit grossier et un Ron Perlman avec fausse perruque, dont on lit la souffrance dans le regard. 60 millions de dollars, ça fait cher le fan film.

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Ni pour les amateurs de bon divertissement

Si les amateurs du jeu vidéo vont devoir se contenter de très peu, c’est peut-être parce que le long-métrage cherche avant tout à plaire à un nouveau public avide de gros divertissement. Il ne le trouvera pas non plus.

© 2020 Constantin Film Produktion GmbH

Il faut dire que le scénario n’a strictement aucun sens. Un groupe de figurants en remplace un autre, Artemis est caractérisé à la truelle par une phrase et une bague dont on n’aura jamais l’histoire et quand les explications arrivent enfin (aux deux tiers du film), elles n’expliquent rien.

D’où notre petite préférence pour la première partie qui s’embarrassait beaucoup moins d’avoir du sens, laissant parler l’action et les clins d’œil / pompages à plein d’autres films. C’était nul, mais peut-être plus honnête. Dommage que le sur-découpage des scènes empêchent réellement d’en profiter, mais on n’est plus à ça près.

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Avec cynisme, c’est tout juste si on salue le culot d’avoir voulu faire deux parties totalement distinctes au sein d’un même film, puis d’enchaîner sur un dernier tiers / épilogue qui nous fait clairement miroiter une suite qu’on ne veut surtout pas voir.

Pour finir sur une touche positive, il faut noter les deux plaisirs de Monster Hunter : le premier est celui de Milla Jovovich qui s’éclate en héroïne capable de casser du Tony Jaa ; le second est celui de Paul W. S. Anderson qui n’est jamais autant impliqué que quand il filme sa femme cassant du Tony Jaa. Au final, Monster Hunter c’est surtout une histoire d’amour.

[Critique] Monster Hunter : qui part à la chasse perd son temps