Ghosting, messages sans réponse… est-ce nous le problème ? Interview de Malene Rydahl

18 Juin 2020 - Carlito

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Pourquoi est-on nombreux à ne pas répondre à certains messages ?

Pas pour les raisons que l’on imagine en général. La principale cause c’est la charge mentale: pas le temps, trop de messages… on ne répond pas tout de suite puis on oublie. Dans les raisons évoquées dans le sondage que l’on a mené dans six pays avec le cabinet Occurrence, on trouve aussi : “je ne sais pas quoi répondre”, “je ne me sens pas bien, déprimé” ou encore “je n’aime pas dire non”. Finalement, dans la sphère professionnelle, ce n’est que dans 10 à 15% des cas que les sondés indiquent ne pas répondre car il n’aime pas la personne ou ne la trouve pas importante. Dans la sphère personnelle c’est très similaire même s’il y parfois des raisons plus spécifiques : je suis timide, j’ai peur d’être rejeté par la personne… Un jeune homme que j’interroge dans le livre et qui ghoste régulièrement des personnes sur Tinder m’expliquait que lorsque le jour du rdv approche, il commence à douter, à avoir peur que cela se passe mal. Il finit par renoncer à y aller mais ne se voit pas non plus expliquer les vraies raisons à la personne. Du coup, il arrête de répondre aux messages. Parfois, également, les personnes indiquent ne pas répondre car elles ne trouvent pas le message important mais cela ne veut pas pour autant dire qu’elles ne trouvent pas l’interlocuteur important. Il ne faut pas confondre le message et son auteur. Finalement la seule raison inquiétante dans la sphère personnelle, c’est le cas où la personne ne répond pas car elle est blessée ou vexée et cela ne correspond qu’à 15 à 20% des cas.

Comment mieux supporter l’absence de réponse à un message ?

La plupart des gens le vivent mal et imaginent que c’est lié à eux. Deux tiers des répondants indiquent ainsi dans notre sondage se sentir humiliés, pas considérés, pas aimés, pas respectés. Il faut cependant prendre du recul. Comme on vient de le voir, lorsque une personne ne répond pas, dans la plupart ce n’est pas du tout représentatif de son estime pour l’interlocuteur. Il nous est d’ailleurs arrivé à tous de ne pas répondre à des gens que nous aimons pourtant beaucoup. Si l’on ne vous répond pas, il faut essayer de se mettre à la place de l’interlocuteur. Quelle est ma relation avec cette personne ? Quel est le contenu du message ? Est-ce que j’invite à boire un verre ou est-ce que je demande un service ennuyeux du type “viens m’aider à descendre un gros canapé” ?Notre interlocuteur est-il une personne très occupée, très sollicitée ou quelqu’un qui reçoit peu de messages ? Peut-on réellement exiger d’être sa priorité numéro un, qu’elle consacre du temps à un sujet qui n’intéresse peut être que nous ? Mon déménagement par exemple est très important pour moi mais pas pour mes proches.Il faut également intégrer le fait que tout le monde ne fonctionne pas comme nous. Certains adorent échanger et répondent à tous les messages, d’autres ont la parole plus rare. Chacun a son système de réponse, il faut le respecter.

Malene Rydahl, auteur de “Je te réponds… moi non plus” aux éditions Flammarion

Comment maximiser ses chances d’avoir une réponse ?

En envoyant des messages très long, très travaillés, on s’expose davantage au risque de ne pas recevoir de réponse car ils imposent d’une certaine manière à l’interlocuteur de répondre de façon aussi élaborée. Si, après un échange, le ghosting s’installe, on peut également tenter de faciliter le “non” en indiquant par exemple “si tu ne souhaites plus échanger avec moi, je comprends”. Cela peut aider la personne à se montrer claire avec vous et de cette façon vous serez fixés. Et dans le cadre professionnel, pour maximiser ses chances d’avoir une réponse, il faut privilégier les messages courts et concis : un seul sujet clair, une seule question.

Comment ne pas se laisser déborder par les messages reçus ?

Il est utile de déterminer quel système de réponse on souhaite adopter. Par exemple, sur Linkedin ou Instagram, est-ce que vous décidez de répondre aux inconnus qui vous contactent ou qui laissent un commentaire ? Il faut se fixer des règles: à quoi je répond ? Comment ? A quelle fréquence ? Moi par exemple, je passe en revue l’intégralité de mes mails 2 ou 3 fois par semaine. Je ne répond donc pas nécessairement le jour même mais a minima dans la semaine. Prévoir des réponses type peut aussi faire gagner du temps dans le cadre professionnel. Si vous recevez beaucoup de propositions commerciales ou éditoriales par exemple, vous pouvez prévoir un message de refus type à envoyer à tous ceux dont la proposition ne vous intéresse pas. Il faut enfin se méfier des messages auxquels on répond oui sans en avoir envie. Dans mon livre, j’explique qu’il y a quatre type de réponses : le non, le oui, le “non mais” (“non je ne suis pas intéressé par ce produit mais peut-être qu’untel le sera) et le dernier, dont il faut se méfier, le “oui mais”. Par exemple, on vous propose un meeting sur un sujet qui vous intéresse modérément. Par gentillesse, vous dites “oui mais je ne peux pas tout de suite, je reviens vers vous pour la date”. Dans ce genre de situation, le “oui mais” se transforme souvent, au bout de quelques jours, en non. Mais il est bien plus agaçant pour l’interlocuteur qu’un non franc puisque vous lui aurez fait perdre du temps.

“Je te réponds… moi non plus”, de Malene Rydahl aux éditions Flammarion