Joe Biden va-t-il sauver la planète ?

12 Nov 2020 - Carlito

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Montage // Image King Lip sur Pixabay

S’il y en a un que la crise climatique n’empêche pas de dormir, c’est bien Donald Trump. La communauté scientifique mondiale a beau alerter sur la gravité de ce danger, l’actuel président américain n’a pas levé le petit doigt pour solutionner le problème (et a même contribué à l’aggraver). L’arrivée de Joe Biden au pouvoir est donc un vrai soulagement pour les acteurs environnementaux. Mais que va changer concrètement son élection ? Avec le retour des Etats-Unis à la table des discussions, peut-on espérer “sauver la planète” ?

Sur le papier, le programme environnemental du démocrate est ambitieux. Joe Biden a promis un retour des Etats-Unis dans les accords de Paris le jour-même de son investiture. “C’est très bon signe, cela signifie qu’ils vont se réengager dans la coopération internationale” nous explique Lucile Dufour, responsable des politiques internationales de Réseau Action Climat. Le démocrate propose également un vaste plan d’investissement de 2000 milliards d’euros dans l’économie verte et a donné une échéance claire, 2050, pour atteindre l’objectif de neutralité carbone. En pratique, le 46ème président des Etats-Unis risque toutefois de se heurter à plusieurs obstacles. Le premier, c’est bien sûr le Sénat. Si les démocrates remportent le 5 janvier les deux sièges remis en jeu, ils obtiendront l’égalité soit, en réalité, l’avantage puisque c’est la vice-présidente Kamala Harris qui départagera les votes en cas de 50/50.

Les obstacles au projet écolo de Biden

Mais la bataille sera difficile à remporter et en cas de défaite, Joe Biden aura du mal à faire valider des projets ambitieux par le Sénat. Le nouveau président élu aura par ailleurs un agenda intérieur chargé avec un pays divisé et durement touché par le Covid-19. Le démocrate a malgré tout une certaine marge de manœuvre. Il a d’ors et déjà indiqué qu’il utiliserait les décrets présidentiels (qui ne nécessitent pas l’aval du Sénat) pour limiter la pollution au méthane, et investir dans les véhicules zéro émission ou les énergies propres . “Agir par décret lui permettra de revenir sur la dérégulation sociale et environnementale du président Trump, nous précise Anne Deysine, spécialiste des questions politiques et juridiques aux Etats-Unis et professeure à l’université Paris Ouest-Nanterre. L’inconvénient est que ce qui est fait par décret peut être défait par le président suivant”.

L’élection de Joe Biden sera également une bouffée d’oxygène pour les Etats fédérés et les villes qui luttent activement contre le réchauffement climatique. A peine une semaine après l’annonce par Donald Trump du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris en 2017, neuf états, 125 villes, 902 entreprises et 183 universités avaient en effet marqué leur intention de continuer les efforts en se réunissant dans une coalition baptisée We are still in. “Il y a eu des actions très intéressantes à ce niveau aux Etats-Unis et le fait d’avoir un président qui ne tente pas de bloquer ces initiatives mais, au contraire, les soutient est une excellente nouvelle”, note Lucile Dufour de Réseau Action Climat.

Sa stratégie pour faire passer la pilule

Même du côté du Sénat, Joe Biden a peut-être une marge de manœuvre plus grande qu’on ne le croit. Le démocrate connait très bien les rouages de l’institution (il y a passé 36 ans). Et surtout, il a l’intelligence de lier étroitement l’écologie à la relance de l’économie du pays. Dans ces discours, il veille à mettre l’accent sur les emplois et les revenus que le développement de nouvelles filières vertes peuvent générer. “Son projet n’est pas un simple plan climatique, analyse dans le Time, William K. Reilly, qui administrait l’agence pour la protection de l’environnement sous Georges H.W Bush. Ses projets sont intiment liés à l’industrialisation, au développement économique, aux infrastructures« . Ainsi enrobée, la pilule écolo pourrait passer chez certains conservateurs. D’autant que Washington, voit son principal concurrent dans la course à la toute puissance, la Chine, s’intéresser de plus en plus aux filières propres.

L’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche contribuera certainement aussi à sensibiliser les citoyens américains à la crise climatique. On peut comprendre en effet que certains ne s’inquiètent pas outre mesure lorsque ils entendent leur propre président affirmer sans ciller, « cela va finir par se refroidir vous verrez !” en parlant du climat. Joe Biden a le mérite d’avoir porté ce thème tout au long de sa campagne, alors même que le sujet était loin de le rendre populaire. Il y a moins de risques qu’il cesse ses efforts maintenant qu’il est élu.

Quel impact dans le monde ?

Le démocrate aura enfin un champ d’action intéressant à l’international. Les Etats-Unis ont, on le sait, une influence énorme dans le monde et pourraient convaincre certains pays de s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique ou d’intensifier leurs efforts. Interrogée par le Journal du Geek, Claire Joachim, maîtresse de conférence à l’université de Poitiers spécialisée en droit comparé (Asie, UE, Etats-Unis, Canada) et droit de l’environnement, indique que leur retour sur le sujet pourrait d’ailleurs “créer un climat de concurrence vertueuse avec la Chine qui tente elle-même de récupérer ce leadership environnemental

Le crédit accordé aux Etats-Unis sur ce sujet a cependant été méchamment écorné et ils devront faire preuve d’une certaine humilité. Oui, leur retour est une excellente nouvelle car il rend l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1.5° atteignable. Mais que le 2e pays émetteur de gaz à effet de serre agisse sur le sujet n’est, dans le fond, que la moindre des choses. Et ces dernières années, les efforts des Etats-Unis ont été bien timorés comparés à ceux d’autres pays. Washington ne revient donc pas aujourd’hui en “sauveur de la planète”. C’est plutôt le mauvais élève qui rentre enfin dans le rang.

Joe Biden va-t-il sauver la planète ?