[Test] Gogoro Eeyo 1S : un énorme coup de cœur pour un vélo hors du commun

13 Nov 2020 - Carlito

0 commentaire(s)

Un design exceptionnel

L’Eeyo 1S est un vélo à assistance électrique au positionnement résolument sportif et qui mise beaucoup sur son design sans oublier l’aspect purement technologique. Son prix est de 4 699 €, une belle somme certes, mais plutôt justifiée. Le premier contact nous laisse bouche bée. Le vélo arbore un cadre entièrement en carbone aux lignes superbes et plutôt originales. En effet, la rigidité de la fibre de carbone utilisée permet de se passer du traditionnel tube de selle. Le cadre en blanc satiné n’affiche aucun raccord, car il est tout simplement monocoque. C’est d’autant plus superbe que la plupart des câbles cheminent à l’intérieur du cadre et que l’électrification du vélo est particulièrement discrète, mais nous y reviendrons. La proue accueille une fourche qui est elle aussi construite en carbone. Nous retrouvons le même matériau magique puisqu’il combine rigidité et légèreté pour les roues de 28 pouces et le guidon du vélo ainsi que sur la courte tige de selle.



Contrairement à la plupart des néomarques de cycle, qui pour des raisons de gestion des stocks et de l’outil industriel, ne proposent souvent qu’une seule taille, Gogoro décline son Eeyo 1S en quatre tailles pour les personnes mesurant entre 1 m 65 et 1 m 90.

11,9 kg seulement !

Le cœur de l’Eeyo 1S bat au rythme de la Smartwheel. Quèsaco ? Il s’agit d’un bloc situé dans le moyeu de la roue arrière du vélo qui concentre le moteur, la batterie et les capteurs nécessaires au fonctionnement de l’assistance ! Commençons par le moteur. D’une puissance de 250 W afin de se conformer à la législation européenne, il délivre un couple de 20 Nm ce qui peut faire pâle figure face aux moteurs centraux Bosch par exemple qui propose a minima 3 fois plus voire face à d’autres moteurs moyeu comme celui qui équipe le VanMoof S3. Mais les chiffres ne font pas tout, croyez-nous… Ce moteur s’appuie sur une batterie d’une capacité de 123 Wh. Là aussi c’est largement moins que la concurrence… Enfin, l’ensemble des capteurs sont intégrés en toute discrétion dans ce bloc construit en aluminium. Pour la gestion de l’assistance, deux modes sont proposés, Eco et Sport, tout se passe sur l’application qui accompagne le vélo, une application plus indispensable que jamais donc. C’est aussi grâce à elle que vous pourrez appréhender le niveau de charge de la petite batterie qui est donnée comme étant capable d’offrir à l’Eeyo 1S une autonomie de 60 km en mode Sport et 90 km en mode Écho. La combinaison de la Smartwheel et de nombreux composants en carbone, à commencer par le cadre, permettent d’atteindre le poids exceptionnel de 11,9 kg ! C’est par exemple 7 kg de moins qu’un VanMoof S3 précédemment testé par nos soins. Gogoro revendique le statut de VAE le plus léger du monde. Ce n’est pas loin d’être vrai puisqu’en fouillant nous n’avons trouvé qu’un produit capable de lui ravir cette position : le Scoot Addict eRide Premium donné pour 10,75 kg. Un vélo de route pur et dur très haut de gamme.

Un positionnement particulier

L’Eeyo 1S s’appuie sur une courroie de transmission Gates Carbon Drive avec tous les avantages de cette technologie : entretien ultra-limité, absence de cambouis salissant le bas de votre pantalon, fiabilité et silence de fonctionnement. La courroie étant conçue d’un seul tenant contrairement à une chaîne métallique qui dispose d’un maillon rapide pour être mise en place. Pour glisser la courroie, le cadre du Gogoro dispose sur le hauban droit d’une petite pièce en aluminium qui s’enlève. Malin et discret. Les roues sont des 28 pouces en carbone chaussées de pneus en 700 x 28. C’est plutôt étroit et la bande de roulement quasi lisse laisse présager d’un comportement à surveiller notamment sur chaussée humide. Pour le freinage, nous trouvons à l’avant un disque de 160 mm pincé par un étrier mécanique TRP. À l’arrière, le choix est plutôt orignal avec des freins à patin positionnés sur les bases du vélo juste après le boîtier de pédalier. L’Eeyo 1S est fourni avec de petites pédales en métal très qualitatives. Le poste de pilotage permet d’admirer le superbe guidon en carbone. La selle présente un profil étroit. Elle prend place sur une courte tige de selle en carbone qui n’offre que quelques centimètres de latitude pour le réglage de la hauteur. L’opération est complexe puisqu’il faut enlever un cache en caoutchouc et plusieurs vis. Soignez le premier réglage puis ne touchez plus à rien !

Vous l’aurez compris, ce vélo ne s’embarrasse pas de garde-boue, de porte-bagages, ni même de béquille. Pour l’éclairage. Il faudra se contenter d’un petit phare et d’un feu arrière à fixer soi-même qui fonctionnent avec des piles et des catadioptres réglementaires. Des accessoires indispensables à bon nombre d’utilisateurs urbains. Les gens de Gogoro le savent bien entendu, mais qu’à cela ne tienne. Ils positionnent clairement leur vélo ailleurs, à destination de puristes amateurs de beaux objets, aux pratiquants sportifs… Un pur-sang qui n’arpentera pas forcément le bitume tous les jours. Sachez cependant que la fourche dispose de fixations pour un éventuel garde-boue. À l’arrière, il faudra utiliser un modèle qui vient se serrer sur la tige de selle.

Un moteur efficace

Avant d’enfourcher le vélo, nous en chargeons la batterie. Décidément Gogoro ne fait rien comme les autres. Le connecteur prend en effet la forme d’une pièce en U qui vient se placer autour de l’axe de route sur la gauche. Une LED bleue signale que l’opération est en cours. Notre exemplaire est en taille M qui correspond selon la nomenclature de la marque à la bonne taille pour les personnes mesurant entre 1 m 75 et 1 m 80. Choisir la bonne taille est particulièrement important sur ce vélo, car comme nous l’avons déjà évoqué la plage de réglage de la hauteur de selle est très limitée. Pour notre part, la taille M. convient parfaitement à nos 176 cm. Nous ajustons simplement l’angle des commandes de frein et connectons au Eeyo 1S à notre iPhone par le biais de l’application. Une fois en mode sport, nous partons pour une première traversée de Paris. Une fois l’appréhension des premiers mètres passée, nous accélérons le rythme. Avec son poids très bas, la barre des 25 km/h est très rapidement atteinte : le rendement est sans surprise excellent. Les kilomètres s’enchaînent avec d’autant plus de plaisir que l’ensemble se montre plutôt silencieux, merci la courroie de transmission. Le moteur bourdonne un peu, mais la marque évoque une mise à jour logicielle qui devrait supprimer ce petit bruit qui n’est pas gênant. Notez aussi que cette mise à jour devrait apporter un mode OFF afin de rouler sans utiliser l’assistance, chose impossible dans l’état.



Malgré son couple limité, le moteur procure une bonne accélération. La rigidité du cadre en carbone et son intégration au moyeu arrière permettent à chacun de ses newtons-mètres d’arriver au bitume. La Smartwheel procure une assistance maîtrisée et fluide. L’électronique et la gestion logicielle du moteur sont capables d’éviter les à-coups souvent perceptibles sur les motorisations moyeu. Lorsque l’on dépasse les 25 km/h, les frictions sont minimes et il est donc possible de circuler à presque 30 km/h en toute quiétude. Bientôt nous abordons les pentes de Belleville. Les choses se compliquent forcément un peu, car l’Eeyo 1S est mono vitesse, mais son moteur vient à la rescousse et permet d’arriver en haut sans avoir à se mettre dans le rouge ou même en danseuse. Manifestement les ingénieurs de la marque maîtrisent bien leur affaire.

Sentir la route

La fibre de carbone est un matériau qui offre, en plus de son poids plume, une grande rigidité propice au rendement. Cela permet ici de « compenser » l’intégration d’un moteur qui n’est pas le plus puissant du marché. En travaillant le tressage de la fibre, il est aussi possible de lui offrir de bonnes capacités d’absorption des vibrations. Ce n’est pas vraiment le cas ici. Les anfractuosités de la route sont retransmises avec un malin plaisir par le vélo. Le passage par des sections pavées s’apparente à une bonne séance de Power Plate. Nous avons parfois eu l’impression que tout allait casser sur le vélo, mais nous rien ne bouge. Vous l’aurez compris ce n’est pas le VAE le plus confortable qui soit. Le cadre ultra-rigide n’est pas aidé par les pneus plutôt étroits. S’il est possible de monter des modèles un peu plus larges à l’arrière, ce n’est pas possible à l’avant.

Pour le reste, et si le bitume est de bonne qualité, l’Eeyo 1S offre une géométrie très bien étudiée. La position est sportive sans excès avec un buste qui demeure assez droit pour permettre d’avoir une bonne vision périphérique sur son environnement. Cela permet de soulager aussi les lombaires sur les longues sorties. Le comportement du vélo est excellent. Il est joueur et se faufile aisément entre les obstacles… ils sont nombreux à Paris, y compris sur les pistes cyclables. À haute vitesse, la stabilité est conservée. La selle étroite nous a bien convenu tout comme le galbe du guidon. Les pédales accrochent très bien le caoutchouc tendre des chaussures de sport. Le faible poids du vélo impressionne, car cette quête du gramme ne s’est pas faite au détriment de la rigidité du cadre.



OK l’Eeyo 1S est capable d’aller très vite, mais s’arrête-t-il avec la même efficacité ? À l’avant le disque TRP n’offre pas la qualité de toucher d’un système hydraulique, mais il fait preuve d’une puissance suffisante tout en conservant une certaine progressivité. Le dispositif à l’arrière nous a moins convaincus. Malgré plusieurs tentatives de réglage, y compris par un professionnel, il est demeuré bruyant. De plus, nous avons parfois eu l’impression que rien ne se passe et du coup nous avons appuyé plus fortement sur les leviers de frein pour aboutir à un quasi-blocage.

Autonomie, limitée, mais suffisante

Avec sa toute petite batterie, ce vélo ne peut prétendre à une autonomie démesurée. En moyenne nous avons obtenu en mode sport (et en se faisant plaisir en termes d’accélération) une autonomie moyenne de 25 km. En utilisant le mode Eco, bien moins fun il faut bien l’avouer, l’autonomie est doublée. Cela reste certes inférieur à la concurrence, mais dans des proportions encore raisonnables compte tenu du différentiel de capacité de batterie. Malgré tout, dans le cadre d’une utilisation plaisir en ville, cela pourrait convenir à de nombreux utilisateurs qui auront pris conscience qu’une recharge quotidienne s’impose. Comme ils l’ont fait avec leur smartphone… L’adaptateur secteur relativement compact prend place assez facilement dans un sac à dos. Les utilisateurs adeptes de longues sorties dans le cadre d’une pratique plus sportive du vélo pourront légitimement demeurer sur leur faim.



Le déséquilibre du poids ne s’est pas montré véritablement gênant à l’usage. Il se fait essentiellement ressentir lorsqu’il s’agit de porter le vélo : on perçoit bien alors que l’immense majorité du poids du vélo est concentrée à l’arrière.

Où l’acheter ?

Le Gogoro Eeyo 1S est disponible au prix de 4699 euros sur le site officiel du constructeur.

[Test] Gogoro Eeyo 1S : un énorme coup de cœur pour un vélo hors du commun